Séminaire sur l’histoire de la Contemporaine : compte-rendu de la séance 3 (5 juin 2026) – La Contemporaine dans les services d’archives
Introduction par Xavier Sené et annonce du programme du séminaire 2026-2027.
Marion Trousselle, responsable du service des archives à l’université Paris Nanterre : « La Contemporaine dans les archives de l’Université Paris Nanterre ».
Les archives constituent les mémoires vives d’une institution.
Marion Trousselle présente tout d’abord le service des archives de l’Université Paris Nanterre (UPN). Il s’agit d’un service d’archives intermédiaires : il a pour rôle de conserver les documents d’archives durant toute la durée de conservation réglementaire. Au terme de ces délais légaux, les archives sont détruites ou versées aux Archives départementales des Hauts-de-Seine (AD92). Les missions du service sont celles des services d’archives : collecter, classer, communiquer, sensibiliser, former les personnels de l’université aux bons usages des archives.
Le service s’organise ainsi : quatre agents dédiés au service ; dix magasins d’archives ; conservation de six kilomètres linéaires de documents pour près de sept kilomètres de magasins équipés ; entre 200 et 300 m3 sont collectés chaque année et deux cents documents communiqués chaque année.
Marion Trousselle évoque ensuite les liens institutionnels entre la Contemporaine et l’Université Paris Nanterre. La Contemporaine est un organisme rattaché à l’université : le service d’archives y collecte les documents financiers, qui sont conservés pendant dix ans puis éliminés, avec le visa du directeur des Archives départementales (AD). La Contemporaine conserve ses propres archives administratives intermédiaires et historiques.
Les premiers versements ont été effectués en 2010 : depuis cette date, sept versements financiers ont eu lieu, soit 55,8 ml. Ils seront détruits au bout de dix ans. Sur les 55 ml déjà collectés, 28 ml ont déjà été détruits.
Les archives de la Contemporaine éclairent des zones d’ombre de fonctionnement. Ce séminaire et les échanges autour des archives ouvrent de nouvelles collaborations entre les Archives départementales, le service des archives de l’université et la Contemporaine.
Pierre Chancerel, directeur des Archives départementales des Hauts-de-Seine : « L’histoire de la Contemporaine à travers les fonds des Archives départementales des Hauts-de-Seine » (consulter le diaporama)
Pierre Chancerel débute par un rappel des missions des AD :
- assurer le contrôle technique et scientifique des archives du territoire (travail avec les administrations de l’État, du département et des communes) ;
- assurer la conservation et la mise à disposition des archives auprès du public.
Les AD92 peuvent documenter l’histoire de la BDIC à partir des années 1970, soit le moment où elle a été rattachée à l’UPN.
Les AD92 conservent les archives de la présidence et du secrétariat général de l’UPN. Toutes les archives ne sont pas librement communicables. Le code du patrimoine assure un équilibre entre deux principes contradictoires : permettre l’accès aux documents publics et préserver le secret des documents qui ne peuvent être communiqués à tout le monde (relatif à la protection de la vie privée ou comportant des informations qui pourraient porter atteinte à la sécurité de l’État). Un délai de cinquante ans est de rigueur pour la communication des archives de l’université qui contiennent des documents relatifs à la vie privée (ex. les documents relatifs à la carrière des directeurs).
Le fonds est inégal en fonction des présidences ou des secrétariats ; des périodes sont mieux documentées que d’autres. Le même type de dossier peut se retrouver dans l’un ou l’autre fonds.
Dans quelles mesures ces archives rendent-elles compte des relations entre l’UPN et la BDIC ? Les archives témoignent par exemple des relations entre le président de l’université Imberty et le directeur de la BDIC, Joseph Hüe, à l’occasion de la visite d’Henri Peretti, directeur des bibliothèques, des musées et de l’information scientifique et technique (1988). Ce document illustre les relations de la deuxième moitié des années 1980 entre les deux composantes BDIC et UPN, causées notamment par le rattachement « forcé » ou « de fait » de la BDIC à l’UPN.
Derrière cet échange de courriers, c’est le statut de la BDIC qui se pose. La BDIC intègre le service interuniversitaire B en 1972 puis, une fois rattachée à Paris Nanterre, les crédits de fonctionnement sont calculés comme ceux de la bibliothèque universitaire alors que ces derniers ne correspondent pas à ses activités. Le manque de moyens à cette époque est criant (cf. un article de Véronique Blüm, ancienne directrice de la BDIC).
Ces éléments se retrouvent dans les archives, avec par exemple une lettre de V. Blüm, qui témoigne d’échanges entre le président de Paris X, René Rémond, et le ministère.
Ces fonds conservent également la trace des changements administratifs, avec par exemple la copie d’une page d’une convention tripartite signée en janvier 1978, entre les quatre universités de tutelle de la BDIC : Paris I, Paris II, Paris 8 et Paris X .
Dans les années 1980, le nouveau directeur J. Hüe aimerait bien bénéficier de plus d’autonomie de la part de l’université Paris X. Ainsi, il soutient le projet d’un établissement public administratif (EPA). Émerge ensuite un projet de « GIP (groupement d’intérêt public) BDIC » auquel des partenaires (comme l’EPAD, établissement public pour l’aménagement de la Défense et des collectivités territoriales (comme la mairie de Nanterre) pourraient être associés (et apporter des financements). Le GIP s’inscrit dans le cadre des contrats de plan État-région pour bénéficier de subventions croisées État/région.
Dans les années 1980, la BDIC prend le statut de centre d’acquisition et de diffusion de l’information scientifique et technique ; des documents des AD documentent ce nouveau statut.
Des archives conservent la trace du projet de « Nouvelle BDIC » : des idées portées par le secrétariat général de l’université/la Présidence, à savoir doter la BDIC de nouveaux locaux et réfléchir à un projet de service.
Le document le plus récent aux AD relatif à ce sujet est une note de 2013 sur le projet de « nouvelle BDIC » dans les archives de la présidence de J.-F. Balaudé (dernière présidence versée aux AD).
Ainsi, on peut retrouver aux AD92 quarante ans de relations entre la présidence de l’université Paris X et la BDIC avec, en creux, la question du statut de cette dernière.
Les archives rendent également compte d’activités scientifiques de la BDIC, à travers :
- les rapports d’activités ou les conseils de la BDIC (il n’y a pas de séries complètes) ;
- les réponses statistiques au ministère de tutelle (ESGBU), parfois communes avec la bibliothèque universitaire ;
- le service des affaires juridiques qui instruit les conventions (conventions de coopération avec d’autres bibliothèques) et les donations (ex : donation Carieu, collection roumaine et mobilier).
Les archives de la présidence sont organisées par ordre chronologique. Un état des sources est présent en annexe du diaporama.
Anne Rohfritsch, responsable du pôle Éducation-recherche-jeunesse-sports à la direction des fonds aux Archives nationales : « Quelles sources pour l’histoire de la Contemporaine aux Archives nationales ? » (consulter le diaporama)
Il existe des liens très forts dans les fonds des Archives nationales (AN) avec l’histoire de la BDIC.
Les AN, créées en 1790, sont un service à compétence nationale du ministère de la Culture. Ses missions sont de collecter, conserver, communiquer, valoriser les fonds conservés issus des ministères, des opérateurs nationaux, des fonds privés d’intérêt nationaux.
Dans le pôle d’Anne Rohfritsch sont conservées les archives des ministères de l’éducation nationale et de l’enseignement supérieur et de la recherche (ESR), les établissements publics nationaux sous tutelle de ces ministères (universités parisiennes intra-muros, École des chartes, rectorat de Paris…). Elles représentent environ cinquante kilomètres linéaires d’archives depuis la Révolution française.
Quatre agents scientifiques s’occupent de ce gisement.
Plusieurs types de fonds :
- les archives du ministère de l’instruction publique, puis de l’éducation nationale et de l’ESR, conservées sous la sous-série F/17 et en cotation continue, notamment :
- archives de certains ministres dont A. Honnorat (50AP) ; quelques dossiers des cabinets ministériels de Bayrou ou de Pécresse par exemple conservent également des traces relatives à la BDIC ;
- les archives de l’ex inspection générale des bibliothèques (pour l’instant non versées) seraient un autre gisement potentiellement intéressant à exploiter ;
- l’ensemble le plus important est celui du service général des bibliothèques et de ses successeurs – notamment la direction des bibliothèques, des musées et de l’information scientifique -, dont les dossiers représentent quarante versements et donnent une idée des modalités d’exercice de la tutelle du ministère sur les bibliothèques sous tous leurs aspects (pilotage, personnels, bâtiments…) de la fin du XIXe siècle aux années 2010 ;
- les autres archives pouvant être exploitées sont celles de la direction générale de l’enseignement supérieur à laquelle est rattaché le service des bibliothèques ; de la direction des ressources humaines du ministère ; ou encore de la direction des équipements scolaires, universitaires et sportifs.
- les archives du rectorat de Paris et de la Chancellerie des universités (sous série AJ/16 et cotation continue)
- les archives de l’université de Paris (jusqu’à l’éclatement de la Sorbonne en 1968), intéressant pour documenter la BDIC avant Nanterre, notamment les procès-verbaux des conseils d’université.
Ces ensembles sont à compléter avec d’autres dossiers plus dispersés dans les archives du ministère de la Culture et des musées nationaux, du CNRS, du comité d’histoire de la deuxième guerre mondiale (72AJ) ou encore du Secrétariat général du Gouvernement (F/60)…
Déambulation thématique de ce que l’on trouve sur la BDIC dans les fonds des AN :
- création de la Bibliothèque-musée de la guerre, avec deux ensembles à explorer
- les dossiers du ministère documentent la donation Leblanc (F/17 et F/21), différents projets de réorganisation dans les années 1920-1930, les évolutions statutaires de la bibliothèque-musée ;
- les archives du rectorat, avec plusieurs dossiers sur des projets de rattachement et sur le rattachement effectif à l’université de Paris, puis à la bibliothèque inter-universitaire B ;
- fonctionnement de la BDIC depuis sa création
- les dossiers du ministère sur la BDIC peuvent contenir : rapports d’activités, avis sur le budget, subventions allouées, tarifs d’entrée au musée ou encore listes de personnels. Ils apportent un autre regard sur l’histoire de la BDIC : celui de la tutelle.
- plus récentes, les collections de dossiers de contractualisation des universités avec le ministère permettent une approche comparative intéressante entre la BDIC et d’autres bibliothèques à l’échelle nationale ;
- les dossiers de carrière et de pension des personnels tenus par le ministère permettent de reconstituer les trajectoires individuelles et collectives des personnels de la BDIC (ex. dossier de pension de Pierre Renouvin ou dossier de carrière de Camille Bloch). Dossiers à croiser avec d’autres fonds (archives de l’Ecole des chartes par exemple).
- locaux :
- dossiers récurrents dans les archives de la division des Beaux-arts et du service des bibliothèques du ministère de l’installation au château de Vincennes jusqu’à l’installation à Nanterre, en passant par les différents locaux (orangerie du Musée du Luxembourg, rue Vacquerie).
- enrichissement et gestion des collections
Les archives du ministère et du rectorat de Paris apportent de précieuses informations sur les collections de la BDIC, leur enrichissement et leur gestion jusque dans les années 1950 au moins, notamment :
- le catalogue de la donation Leblanc et revendication d’André Noel au sujet de caricatures comprises dans la donation;
- les donations postérieures, comme celle de Marcel Robillard en 1952 (plus de 5000 documents couvrant les années 1914-1945), dont on trouve trace dans les archives du conseil de l’université de Paris ;
- les échanges et dons avec d’autres pays qui apparaissent dans les dossiers, peut-être plus marginalement après la mort d’André Honnorat ;
- l’évacuation des œuvres de la BDIC vers le château de Chambord en 1941, bien documentée dans les archives de la Réunion des musées nationaux.
- dans une optique d’histoire des collections, intéressant peut-être aussi de se pencher sur la complémentarité des fonds d’archives conservés à la BDIC et ceux conservés aux AN (par exemple sur la Seconde Guerre mondiale).
- les activités scientifiques sont peu représentées, le « nœud de la guerre » étant plutôt les moyens, les bâtiments, la contractualisation.
Anne Rohfritsch conclut avec des conseils méthodologiques pour se repérer dans les inventaires des AN. La recherche par mots-clefs n’est pas suffisante ; les histoires des ministères sont très importantes à comprendre afin de pouvoir chercher au bon endroit, de même les dossiers en lien avec les universités (ne pas se contenter des dossiers concernant uniquement la BDIC). Il est conseillé de faire une demande d’aide à la recherche à partir de son compte lecteur en Salle des inventaires virtuelle : https://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/ .
Discussion générale
La discussionporte ensuite sur les archives relatives au projet de l’île Seguin. Il est conseillé d’aller consulter les archives municipales de Boulogne-Billancourt (Pierre Chancerel n’a pas vu de traces de ce projet aux AD92 a priori).
Les questions de statut à la Contemporaine sont fondamentales, problème récurrent tout au long de ces décennies. À l’époque des directions de V. Blum et de J. Hüe, la dotation de la BDIC était calculée en fonction du nombre de lecteurs, et non du point de vue de ses missions. J. Hüe avait porté le projet de « nouvelle BDIC ».
G. Dreyfus-Armand a repris ce projet pour réduire le dimensionnement, qui fut près d’aboutir en 2001. Les changements politiques induits par l’année 2002 ont nécessité de reprendre le projet. La BDIC ne rencontrait pas que des oppositions ou des hostilités mais l’université en général n’était pas très préoccupée par la BDIC ; elle n’avait pas conscience du patrimoine exceptionnel de l’université. Le conseil de la BDIC était présidé par René Rémond, très conscient des difficultés de l’institution, il était d’un soutien exceptionnel, notamment dans l’hypothèse du déménagement de la BDIC sur l’île Seguin (ambitieux projet où l’Institut d’histoire du temps présent aurait été installé à côté de la BDIC). Il y avait aussi le projet d’un musée à l’initiative de Fr. Pinault faisant de l’île Seguin un pôle scientifique et artistique. Pinault a déplacé le projet de musée à Venise. Ce projet a réveillé l’université. Elle a fini par offrir à la BDIC un terrain, celui où est installée aujourd’hui la Contemporaine.
Une question porte sur l’histoire graphique du logo de la BDIC. Les AD ne pensent pas avoir d’éléments pour y répondre car l’histoire des logos n’est pas remontée à l’échelle de la présidence. La BDIC n’était pas la bibliothèque de l’université de Nanterre mais une bibliothèque interuniversitaire. Sur des questions aussi symboliques que le logo, le directeur prenait des initiatives sans demander à la présidence de l’université. Alain Bocquet a participé à des groupes de travail sur la création du logo.
Au moment des discussions sur les moyens et le GIP, on trouve des traces d’opposition au projet de GIP dans les archives . La volonté était forte que la BDIC soit construite à Paris même ; une lettre a été signée par 98% du personnel (seuls ceux qui habitaient à Nanterre n’ont pas signé).
L’histoire de la BDIC conjugue à la fois :
- l’histoire de la BDIC/Contemporaine du point de vue de la BDIC/Contemporaine ;
- l’histoire des relations avec les tutelles ;
- l’histoire des usagers, ceux qui en profitent et ceux qui y travaillent ;
- l’histoire de la géographie, des environnements.
Ces deux derniers points sont essentiels mais sont moins présents dans les archives. Il serait intéressant de constituer des archives pour documenter cet aspect-là. La lecture de la presse locale est une autre mine à exploiter.
Les plus récents compte-rendus des conseils d’administration ont été versés aux archives de l’université et seront versés aux AD. Un service collecte et constitue la collection des compte-rendus et des conseils d’administration de l’université. L’inventaire des documents ne détaille pas les points à l’ordre du jour. L’objectif est de bien comprendre comment fonctionnent les institutions.
Une précision est apportée sur le nom de l’université, qui est toujours Université Paris X (pas de changement de nom dans la convention constitutive de l’Université) ; les noms successifs (Université Paris Ouest Nanterre, Université Paris Ouest Nanterre La Défense, Université Paris Nanterre…) sont en fait des noms d’usage.
Les dossiers Pierre Renouvin/Camille Bloch sont consultables aujourd’hui aux AN. Les archives aux AN sur les personnels concernent surtout les fonctionnaires A+ ; la collecte a été très inégale en fonction des profils pour les autres personnels.
Les archives des expositions sont à la Contemporaine : il y a beaucoup de choses sur la préparation des expositions (dossiers de presse, affiches mais très peu de photographies) mais cela peut être parcellaire (fin des années 1980-2010). Autres ressources à exploiter : la presse illustrée de l’époque, pour l’entre-deux-guerres par exemple ?
Les cartons d’exposition seraient exposables mais ils n’ont pas tous été conservés.
On trouve dans des dons récents d’anciens collègues (Cécile Coutin) des photographies où l’on voit des vernissages d’expositions. Cécile Coutin avait constitué des albums qui doivent toujours être au musée.
Une question porte sur les restitutions : il y a dans les archives du rectorat de Paris des dossiers « BDIC dommage de guerre ». Il est aussi conseillé d’exploiter les archives de la réunion des musées nationaux.
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
LC Admin (6 juillet 2026). Séminaire sur l’histoire de la Contemporaine : compte-rendu de la séance 3 (5 juin 2026) – La Contemporaine dans les services d’archives. La Contemporaine : bibliothèque, archives, musée des mondes contemporains. Consulté le 7 octobre 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/16imh



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